Et si le genre blesse ? L'étude du genre à travers l'histoire

Mis à jour : 7 mai 2020

Écrit par Patricia Wilkins

Illustration : Sandrine Lapalus


Qu’est-ce que le genre aujourd’hui ?


Exit les temps où les robes de princesse étaient pour les filles et les costards cravate pour les garçons. Depuis quelques années déjà, la « génération Y » refuse toute étiquette -- y compris celle du genre. Le but ? Déconstruire les aprioris attribués au sexe et minimiser leurs effets dévastateurs : sexisme, transphobie, homophobie… Autant de discriminations fondées sur des connotations floues de la féminité et de la masculinité. Prôner la devise « no label », c’est dire stop au discours dichotomique qui s’est tissé autour de nos différences biologiques et lancer un pari : celui de la neutralité. Reste à savoir si elle est atteignable…


Le saviez-vous ?


Le dictionnaire ne prend pas parti :

Du latin genrus (espèce), le Larousse définit le « genre » comme un ensemble d’êtres partageant des caractéristiques communes. Nulle mention claire de si ces aspects-là sont psychiques ou physiques…


Le genre comme discipline :

Nées aux États-Unis dans les années 1980, les « gender studies », sont un champ d’étude des sciences humaines dont l’analyse (littéraire, cinématographique, anthropologique…) prend en considération les biais sur le genre dans sa méthode.


En France, ce n’est qu’en 1907 que les femmes ont été autorisées à percevoir leur propre salaire.

37 ans plus tard, la loi leur concédait le droit de vote. En 1965, elles avaient le droit d’ouvrir leur propre compte bancaire. Mais le consentement a tardé plus longtemps à s’inscrire dans la législation: il a fallu attendre 1980 pour que le viol devienne un crime et 2006 pour que l’âge légal du mariage des femmes passe de 15 à 18 ans.


Photographie : @conforme_magazine



Les noms à retenir


Simone de Beauvoir : avec sa célèbre maxime « on ne naît pas femme, on le devient »l’icône du féminisme a frayé le passage pour l’égalité des sexes dès la publication du Deuxième sexe, en 1949.


Jean-François Lyotard : En 1979, le philosophe français écrivait que notre époque « postmoderne » rompait avec les « grands récits ». Traduction : aujourd’hui plus rien n’est ni noir ni blanc et plusieurs vérités peuvent coexister simultanément. Un climat de pensée qui a très probablement favorisé la prospérité de la devise « no label ».


Judith Butler : théoricienne du genre incontournable, elle est notamment connue pour son ouvrage Undoing Gender, où elle déconstruit les stéréotypes associés à la féminité et à la masculinité. Un essai culte, à placer sur sa table de chevet.

Teresa de Lauretis : fondatrice de la théorie « queer » -- un terme qu’elle emploie pour la première fois en 1991 -- elle a contribué à dissocier le sexe (une donnée biologique) du genre (une construction sociale au sens variable et en constante transformation), permettant ainsi de le contempler d’une perspective non-binaire.




Photographie : Darius Salimi



C’est arrivé récemment…


L’écriture inclusive

Finis les temps où le genre masculin était employé par défaut. En septembre dernier, Hatier publiait l

e premier manuel scolaire en écriture inclusive. Pour les élèves de CE2, les agriculteurs seront des agriculteur.trice.s, les gaulois, des gaulois.e.s, afin de ne pas préconiser un sexe sur l’autre.


Un Dieu sans sexe

En Suède, une église protestante a cessé d’utiliser le pronom masculin pour parler du seigneur.

On s’adressera donc toujours à « Dieu » -- sans pronom -- en toute circonstance, afin d’éviter de lui attribuer un genre.


Conclusion


Loin de s’être éteintes, les inégalités de sexe s’affichent aujourd’hui sous de nouveaux visages: des visages qu’il faut s’efforcer à (de) démasquer. À Hollywood, c’est celui du producteur Harvey Weinstein qui a récemment été dévoilé, et le mouvement #TimesUp promet d’en révéler encore bien d’autres... La parole, amplifiée par les réseaux sociaux, porterait-elle le flambeau de l’égalité à l’ère 2.0 ? À suivre.




Photographie : Darius Salimi



Pour aller plus loin...


L’égalité de tout et de tous, avant tout : c’est la maxime que prône le mouvement écoféministe, théorisé pendant les années 1970 en réaction à la crise écologique, dont notre génération est l’héritière. Carolyn Merchant, philosophe et historienne des sciences, s’est attachée à le démontrer par le biais d’une étude théorique. En prenant l’exemple de la colonisation, l’auteur tisse des liens entre la domination des terres, des animaux, le racisme et le capitalisme afin d’en révéler l’équivalence. Les origines de la domination des femmes et de la nature iraient donc, selon elle, de pair. Une position parmi bien d’autres, car de nombreuses théories ont dérivé des études de genre, dont l’afroféminisme, le féminisme structurel, postmoderne, sans oublier le womanism…et bien d’autres noms à citer jusqu’à en perdre le souffle ! La suite, à la bibliothèque.


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Écrit par Patricia Wilkins pour Conforme Magazine