Clarence Edgard-Rosa, écrivaine, activiste féministe et fondatrice de Gaze Magazine



Clarence Edgard-Rose est une écrivaine et journaliste spécialisée dans les questions féministes. Auteure de Connais-toi toi-même et de Les gros mots - Abécédaire joyeusement moderne du féminisme, elle fonde en 2020 sa revue : Gaze Magazine.



Conforme Magazine :

À quel âge avez-vous développé pour la première fois de l'intérêt pour le féminisme ?


Clarence Edgard-Rosa : J’étais une petite fille rebelle, une ado révoltée et je suis une adulte politisée. J’ai toujours été très indignée par les inégalités mais bien sûr, j’ai mis du temps à poser des mots sur mes révoltes. J’ai grandi avec une maman qui ne s’est jamais qualifiée de féministe (du moins jusqu’à ce qu’elle lise mon premier livre !) mais qui a toujours été féministe dans son comportement et son rapport aux autres. Elle m’a appris à ne pas me laisser faire et à être indépendante quoi qu’il en coûte.

Photographie : Amandine Kuhlmann



Conforme Magazine : Vous considérez-vous comme militante féministe ? Les deux vont-ils de pair ? 

Clarence Edgard-Rosa : Je me considère tout à fait comme une militante féministe. Je crois qu’il existe un milliard de façons de militer, et que dès que l’on se bagarre pour faire respecter ses droits et ceux des autres, que ce soit dans l’intimité de son foyer ou sur le devant de la scène, on milite. 

Conforme Magazine : Pensez-vous que l'empowerement féminin se confond avec la notion de féminisme ?

Clarence Edgard-Rosa : Il y a effectivement une confusion entre ces deux notions depuis plusieurs années, de même que se confondent « féminisme » et sa petite sœur dépolitisée « girl power ». L’empowerment (empouvoirement en français) est le fait de prendre possession de sa capacité d’action ; le féminisme est le mouvement social et politique qui veut que toutes les femmes aient cette capacité d’action. 



Photographie : Amandine Kuhlmann




Conforme Magazine :

Selon vous, féminisme résonne-t-il forcément avec anticapitalisme ?


Clarence Edgard-Rosa :

Mon féminisme à moi, oui. Je considère que l’on ne peut pas remettre en question un système d’oppression sans remettre en question les autres, et que les premières victimes de notre société capitaliste globalisée et inéthique sont les femmes précaires, qui produisent des richesses qui ne sont pas valorisées. Mais comme tout un chacun, je navigue comme je peux avec mes idéaux dans une société qui ne les porte pas.



Conforme Magazine :

Comment avez-vous vécu cette période inédite de confinement ?  Voyez-vous le monde autrement depuis cette catastrophe sanitaire?

Clarence Edgard-Rosa :

Je l’ai vécue avec de grosses cernes et beaucoup de stress ! J’ai un enfant en bas âge et beaucoup de travail donc je n’ai pas tout à fait eu l’opportunité de chiller sur Netflix et de relire les grands classiques recommandés par France Inter. Je ressors de ce tsunami avec la conviction qu’il nous faut repenser collectivement nos modes de consommation (notamment des médias !), sûrs de la pertinence du projet que je lance, Gaze, en ces temps incertains, mais aussi très inquiète du backlash anti-féministe que nous sommes en train de vivre.

Photographie : Amandine Kuhlmann



Conforme Magazine : À votre avis, votre engagement féministe rejoint-il vos convictions écologiques, pour un respect du vivant dans son ensemble ? Que pensez-vous de la notion d'écoféminisme ?


Clarence Edgard-Rosa : Bien entendu. Je ne suis pas la plus fervente activiste écolo (je pourrais faire bien mieux et bien plus, j’y travaille et me remets beaucoup en question) mais je considère que ces deux combats s’alimentent l’un l’autre en plus de partager des mécanismes communs — on ne pourra plus lutter pour l’égalité des genres dans un monde qui s’autodétruit. 


Conforme Magazine : Suite à cette année 2020, riche en évènements et en luttes sociales, quels sont, selon vous, les nouveaux enjeux de demain ?


Clarence Edgard-Rosa : Hélas je crois que cette année 2020 ne fait que mettre en lumière des inégalités déjà existantes et des combats qui lui précèdent. Une priorité : ne pas laisser s’installer le backlash post #MeToo et les relents anti-féministes qui voudraient nous diviser.


Conforme Magazine : Pouvez-vous nous partager les figures féministes qui vous inspirent / vous ont inspirées ?


Clarence Edgard-Rosa : Il y en a tant dans mon panthéon personnel ! Si je devais en choisir trois, celles qui me donnent de la force tous les jours, ce serait Virginie Despentes, Maya Angelou et Alexandria Ocasio Cortez.


Conforme Magazine : Parlez-nous de votre magazine Gaze, pourquoi l'avoir créé ? Et l'avoir nommé ainsi ?


Clarence Edgard-Rosa : Gaze est une revue qui célèbre les regards féminins dans leur pluralité, dont je suis très fière de publier le premier numéro le mois prochain ! C’est une belle revue sans publicité et sans obsolescence programmée (quoi de pire en 2020 qu’un magazine papier jetable), faite entièrement par des femmes et personnes non binaires, qui s’intéresse aux enjeux sociétaux, intimes et culturels de la condition féminine. Le nom, Gaze, est une riposte au « male gaze », ce regard masculin qui a monopolisé l’espace pendant si longtemps. Dès 2021, ce sera aussi un prix qui récompensera une jeune autrice et une jeune photographe, car nous regrettons l’uniformisation des récits dans les médias et voulons propulser d’autres talents. En attendant le premier numéro, les abonnements sont ouverts dès maintenant en ligne !


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