Délier les concepts pour mieux consommer la mode.

écrit par Saveria Mendella



« Vintage » est un mot anglais dérivé du terme français « vendange », employé aux 15ème et 16ème

siècles pour se référer aux vins millésimés. De cette trajectoire terminologique, découle l’effet

chasse aux trésors que procure la trouvaille d’une belle pièce vintage, dite « d’archive » dans le

langage des stylistes.


A contrario, la pièce d’occasion, dont le site Vinted rassemble toutes les formes, relèverait plus souvent de la bonne affaire que de l’extraordinaire trouvaille. Ainsi, le vintage, devient un vêtement millésimé tandis que l’occasion s’apparente à la seconde main, la bonne affaire avant tout économique.


Avant la catastrophe sanitaire et socio-économique mondiale engendrée par le covid-19, les chiffres

concernant le marché de l’occasion vestimentaire étaient prometteurs. D’ici 2028, ce marché

représenterait 64 milliards de dollars aux Etats-Unis. A l’heure actuelle en France, les vêtements de

seconde main creusent un tunnel en béton dans le secteur de l’habillement et s’approprient 10% du

chiffre d’affaires du marché, selon une étude de l’IFM. En France, 30% des propriétaires d’un

compte Vinted se consacrent exclusivement à la mode.


Ainsi, perspectives et chiffres à l’appui, le vintage, dans son acception la plus large, devient sérieusement envoutant. Mais il est urgent d’accepter la dichotomie de concepts entre vintage et seconde main. Si le premier nécessite du temps et un certain budget, le second est plus enclin à prendre la relève sur le fonctionnement lié aux actes d’achats de tendances. La seconde main déculpabilise les envies passagères, inévitables en matière de mode car corrélées au rapport que nos corps (et esprits) entretiennent avec les vêtements. Le vintage quant à lui, relève de l’achat d’un produit de luxe.



Certes, plus accessible qu’un article neuf, mais nécessitant tout de même quelques recherches et connaissances stylistiques, un investissement à la fois mental et budgétaire. A la manière des magazines de mode qui conseillaient dans les années 2000 de twister un look prêt-àporter par un accessoire de luxe, seconde main et vintage seraient-ils devenus la nouvelle combinaison contemporaine ?


Bien sûr, les inégalités se répercutent sur le système de la mode, notamment à travers la différence entre clients occasionnels du luxe et clients réguliers, ou encore entre clients de la plateforme Vestiaire Collective et ceux de Vinted.


Néanmoins, l’alliance de ces deux formes de consommation de mode, certes anciennes mais rendues ostensibles et désirables par la conjoncture socio-économique, tend à favoriser la conscientisation

de l’achat responsable sans pour autant faire perdre à la mode sa trajectoire onirique à laquelle l’acte d’achat lui même contribue par son témoignage d’appartenance à un univers.


Ecrit par Saveria Mendella pour Conforme magazine.