Fanny Maurer, activiste et make-up artist vegan.

Mis à jour : 7 mai 2020


Elle a travaillé pour de grands noms de l'industrie de la mode mais elle est aussi militante antispéciste et passionnée de tatouages. Fanny Maurer, make up artiste pas comme les autres, est forgée d'ambition pour l'avenir. Elle lutte en douceur pour la démocratisation d'un mode de vie végane. Loin des actions radicales de désobéissances civiles, elle contribue à la lutte antispéciste avec ses propres armes au sein du système. Nous lui avons posé quelques questions pour en savoir plus sur ses combats, son rapport à son corps et sur son influence sur l'industrie de la beauté. 


Photographie : Fred Valezy


Conforme Magazine :

Bonjour Fanny, tu as plus de 160 000 personnes qui te suivent sur ton compte Instagram. 

Comment vis-tu avec cette audience ? Ressens-tu une certaine responsabilité ?

Fanny Maurer : 

" Bonjour ! Etant une vegan abolitionniste il est évident qu’il n’est pas toujours simple d’exposer ma vision des choses sans recevoir de l’incompréhension en retour. Mais si j’ai quelque chose à dire, je le dis. Il y a certains sujets que je n’aborde plus comme l’équitation ou les chiens guides par exemple… Sujets épineux, qui n’embrayent sur aucun changement de pensée chez les gens pour beaucoup trop de retours négatifs. Par rapport à ma responsabilité, je dirais plutôt que je sais que j’arrive à convaincre les gens, peu ou beaucoup jusqu’à rendre beaucoup de gens vegans.


Tous les jours, je reçois des dizaines de messages de personnes qui me disent que j’ai « changé leur vie » ou encore qu’elles sont devenues vegans/ végétariennes… Mais je suis sincère, vraie, je ne mens jamais alors non, je ne me sens pas responsable. Je fais juste ce qui me semble être juste.

Mon instagram n’est pas un mensonge, c’est moi et je partage ma façon de vivre. "


CM : 

Tu es passionnée de tatouages, tu as plus de 100 tatouages sur ton corps. 

Le tatouage, comme le maquillage, sont-ils des moyens de te l'approprier ? 



FM : 

" Non, pas vraiment. Le maquillage est mon art, celui qui me fait tout oublier et me couper du monde. Le tatouage est un art que j’aime recevoir parce que je l’associe à l’Art avec un grand A. Ca a été fascinant pour moi de découvrir la culture tattoo car ça va bien au delà d’être juste recouverte de tatouages. Il y a tellement de styles, tellement d’artistes… je ne me verrais pas sans. Ils font partie de moi. "



CM : 

Pourrais-tu avec nous en quelques mots ta définition de la beauté ?



FM : 

" Je dirais que c'est avant tout d’être à l’aise avec soi-même, son corps, son visage, sa peau, ses os, ses bourrelets... Malgré tout, la société influe tout de même sur moi… je suis loin d’être une femme

qui a confiance en elle sur ces aspects. "


Photographie : Fred Valezy



CM : 

La culture de l’hyper sexualisation du corps féminin est aujourd’hui prédominante dans les médias.

Comment la perçois-tu ? 

FM : 

" Dans un monde idéal, je n’y vois pas de problème. J’aime le corps des femmes, je travaille avec des femmes principalement… Je pense que ma vision sur le sujet est un peu trop longue, mais je suis plutôt déçue de la perception et de la réaction des hommes, sans laquelle soit, nous n’aurions pas besoin de cette hyper sexualisation pour vendre, soit ça ne poserait pas de problème…En tant que féministe, comme on le dit suffisamment, chaque femme est libre de son corps, et dans ce cas de figure aussi, mais il y a tout un système derrière à « combattre ».  "


Arrivée à un certain âge, tu ne t’acceptes pas forcément plus mais tu en as marre de te focaliser dessus. La seule différence c’est qu’avant je m’empressais de perdre ce que j’avais pris, et je n’étais pas à l’aise dans mon corps malgré tout. Aujourd’hui, je décide de me faire plaisir (...)


CM : 

Penses-tu que le corps de la femme est standardisé dans les médias ? Petite, te ressentais- tu représentée ? Avais-tu des modèles de femmes à qui tu voulais ressembler ?



FM :  " Aujourd’hui beaucoup plus qu’avant. Pour ma part, j’ai une taille très fine et un popotin assez gros… hehe… comment réagir lorsque j’ai commencé à avoir du « succès » que quand Kim Kardashian a subit des tonnes d’opérations pour être faussement comme ça ? 

Je n’oppresse pas les femmes qui ont recours à la chirurgie ou autre d’ailleurs, je trouve ça juste triste d’être un modèle de corps enfin accepté par la société parce qu’une figure publique l’a rendu populaire. Par contre, mon trauma à moi n’a jamais disparu, je ne suis pas plus à l’aise avec mon corps pour autant. Donc pour répondre à la seconde partie, je ne me suis jamais sentie représentée quand j’étais petite, et je ne voulais pas ressembler à qui que ce soit, je voulais juste avoir des « cuisses fines, un thigh gap et un petit derrière » … Ce qui n’est évidemment pas possible, et ça m’a pris du temps avant de comprendre que ça n’arriverait pas ! "



CM : 

Ressens-tu, encore aujourd’hui, une certaine pression sur ton physique en tant que femme ?



FM :  " J’ai ressenti. Je ressens moins. Arrivée à un certain âge, tu ne t’acceptes pas forcément plus mais tu en as marre de te focaliser dessus. La seule différence c’est qu’avant je m’empressais de perdre ce que j’avais pris, et je n’étais pas à l’aise dans mon corps malgré tout. Aujourd’hui, je décide de me faire plaisir, je garde mes kilos, mais je dois avouer ne pas me sentir bien quoi qu’il en soit. Et ça, je pense que ça surprendra bon nombre de jeunes filles qui me suivent et qui pensent que je suis hyper à l’aise avec mon corps.  "

CM :

Tu es vegan et tu ne t'en cache pas. Est-ce, pour toi, important de parler de véganisme et ainsi de le démocratiser ?



FM :  " Je suis vegan, effectivement et c’est le moteur principal de ma vie. Du coup, il ne s’agit pas vraiment de promouvoir le véganisme, j’en parle juste tout naturellement parce que cela définit qui je suis. Je pense très sincèrement aujourd’hui, que les gens ne dissocient pas/ plus mon véganisme de ma personne. Donc je suis ravie si je fais ma part : le démocratiser et par la même occasion, emporter des gens avec moi dans la réalité du monde, même si ça change un homme, une femme. "

CM :

En tant que maquilleuse, penses-tu qu'il est possible d'embellir son corps tout en respectant les vies animales et la nature ? As-tu des astuces, des gestes beauté que tu préconises afin d’éviter de contribuer à la souffrance animale ?



FM :  " J’ai travaillé pour une marque non vegan, dans laquelle j’ai fait enlever de leurs produits la cire d’abeilles et le carmin de leur composition. Les pinceaux en poils d’animaux ont été remplacés par des poils synthétiques. Lorsque je maquille, je n’utilise que des produits vegans. Donc ma réponse est un grand Oui ! Il est très important de se renseigner sur les produits que l’on achète car la souffrance derrière un produit de beauté est cachée. Elle a des conséquences désastreuses sur le vivant notamment sur les animaux de laboratoires. "


( NB : Pour récolter la cire d'abeille (comme le miel, le propolis et la gelée royale) on chasse les insectes de leurs ruches. La technique la plus utilisée consiste à enfumer la ruche. Les abeilles sont intoxiquées, écrasées pendant le processus. Le carmin est une couleur rouge profond qui est tirée de cochenilles écrasées. )


Photographie : Fred Valezy



CM :

Sur ton compte Instagram, tu publies des actions antispécistes auxquelles tu participes dont une pour @anonymousforthevoiceless. Penses-tu qu'aujourd'hui il est possible de lutter contre le spécisme tout en collaborant avec de grandes industries de la mode ?

FM : 

" Je vais répondre à cette question par une question. Et comment pourrions-nous lutter contre le spécisme si on laisse les grandes industries continuer à faire ce qu’elles font ? Les vegans ont besoin de « s’infiltrer » partout. Un vegan n’est plus à convaincre, et ce n’est pas en restant entre nous que l’on changera le monde. Pour ma part, je suis critiquée à tout va (pour avoir collaboré avec une marque non vegan). Je suis la bonne cible à harceler. Pourtant je suis hyper fière de l’étendue de mon message et des choses que j’ai fait changer et que je continue à changer, toute seule sans l’aide de personne, et même avec des gens qui ont décidé de se positionner en « ennemis ». Je suis vegan pour les animaux, je sais où je vais, je sais ce que je fais. "



CM :

En d’autres termes, penses-tu que l'on peut lutter contre le spécisme et être intégré dans le système capitaliste ?



FM : 

" Le système capitaliste n’est pas près de s’effondrer et je pense vraiment qu’il faut savoir ce que l’on veut. Personnellement je tiens à la libération animale. Les animaux sont les premières victimes 

de ce système, et sont donc les premiers à devoir être libérés. "


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Propos récoltés par : Conforme Magazine