Comment nous impacte la fast-fashion ?

Mis à jour : 7 mai 2020

écrit par Morgane Bourrigan



Le modèle classique de l’industrie de la mode a longtemps reposé sur une opposition de classes.

C’est la thèse défendue par Pierre Bourdieu, dans son ouvrage la Distinction, où il nous apprend que la mode est dans un premier temps dictée par les classes supérieures, puis reprise par les masses et donc abandonnée par les classes supérieures, dans un souci de distinction. Ce rythme de réappropriation était suffisamment lent pour que les tendances nous apparaissent comme durables.

Photographie : Darius Salimi


La fast fashion, qui s’est installée depuis la fin des années 90, évolue sur un tempo beaucoup plus rapide. Les vêtements, une fois présentés en défilé par des marques de hautes coutures, sont immédiatement copiés par des enseignes de consommation de masse, à l’image de la marque Zara par exemple, qui en a fait son modèle économique. Il s’agit ici de vendre la mode à petit prix, mais au plus grand nombre.

" Gilles Lipovetsky, dans son ouvrage Bonheur paradoxal, nous enseigne que là où le consommateur cherche la satiété, il ne découvre que la soif de son désir, toujours renouvelée, s’éloignant dans sa quête, du bonheur qu’il recherche.”

Cette mode du jetable donne au consommateur une multitude de joies consuméristes qui, pense-t-il le rapproche de plus en plus du bonheur. Gilles Lipovetsky, dans son ouvrage Bonheur paradoxal, nous enseigne que là où le consommateur cherche la satiété, il ne découvre que la soif de son désir, toujours renouvelée, s’éloignant dans sa quête, du bonheur qu’il recherche.


Si la fast fashion a un effet négatif sur le consommateur occidental, l’impact qu’elle peut avoir sur les populations productrices de cette mode jetable est bien plus effroyable. Puisqu’il s’agit de produire pour la masse de la mode à petit prix, il faut produire massivement et à moindres frais. Les pays en voie de développement payent donc les pots cassés. On garde en mémoire la « catastrophe de Dacca » survenue en avril 2013, où l’effondrement d’un immeuble abritant plusieurs ateliers de confection de vêtements avait fait au moins 1 135 morts.


L'industrie est aussi montrée du doigt pour son exploitation animale. La fourrure, le cuir et la soie sont critiqués pour leurs conditions d'élevage que la fast fashion a précarisées. Les empiècements en cuir par exemple, produit en masse, proviennent de Chine, où la traçabilité est presque impossible. Peta parle deux millions de chats et de chiens tués pour leurs peaux, en addition des vaches, moutons, et autres animaux. L'industrie de la mode est responsable pour la pollution de son environnement. En rejetant des toxines, en générant du gaze à effet de serre, en polluant et gaspillant l'eau, la fast fashion participe au réchauffement climatique. La demande de jeans, par exemple, s'est intensifié ces 20 dernières années entraînant avec la pollution de cours d'eau. L'eau est devenue précieuse et l'industrie de la mode en consomme 28 milliards de gallons.



Photographie : Darius Salimi


" L'eau est devenue précieuse et l'industrie de la mode en consomme 28 milliards de gallons. "

Si l'industrie de la mode a connu une véritable frénésie ces vingts dernières années, elle semble vouloir ralentir le tempo. On parle de plus de en plus de "slow fashion". Ce courant, initié par Kate Fletcher, dans son ouvrage Sustainable Fashion se traduit principalement par l'achat de vêtements de seconde main, le recyclage de vieux vêtements ou l'achat d'articles auprès de petits commerçants. La production de ces vêtements doit respecter un certain nombre de critères, comme la juste rétribution des producteurs, ou le respect de l'environnement. Ces vêtements sont généralement de bonne facture, les matériaux de bonne qualité, les coupes classiques, tout ici est fait pour que le vêtement dure longtemps.

Toutes ces considérations font de la slow fashion une alternative viable à la fast fashion.



écrit par Morgane Bourrigan pour Conforme magazine