L'activisme 2.0

Mis à jour : 7 mai 2020

écrit par Fragment d'Hylfee



Depuis une dizaine d’années, et ce grâce aux réseaux sociaux, on a vu apparaître une nouvelle forme d’activisme que l’on pourrait qualifier d’activisme 2.0. Les militant-e-s de luttes sociales, comme le féminisme ou l’antispécisme utilisent alors ces nouvelles plateformes.



Photographie : Darius Salimi



Dans le cas de l’antispécisme, des vidéastes se démarquent comme Jihem Doe ou encore

Et Pourquoi Pas Coline dont les vidéos sont disponibles sur Youtube, et des initiatives se sont montées comme « iamvegantv » qui diffusent de courtes interviews de véganes sur Facebook et Twitter.


Du côté des militantes féministes peuvent être citées Emma qui crée de petites BD sur des sujets comme la charge mentale qu’elle diffuse sur Facebook ou encore Caroline de Haas qui réagit énormément via Twitter aux actualités féministes. Certaines militantes croisent féminisme et antispéciste comme Ophélie Véron, blogueuse, ou Florence Dellerie qui diffuse des visuels antispécistes et féministes sur Facebook et Twitter. Leur impact varie selon leur communauté

qui peut aller de quelques centaines de followers/abonné-e-s à des centaines de milliers.


Mais ce qui importe dans le militantisme 2.0 ce n’est pas tant le nombre d’abonné-e-s que la diffusion

du contenu proposé !



Photographie : Darius Salimi



Dans les dernières années, on assiste à une explosion sur la scène médiatique du féminisme

et de l’antispécisme, et cela grâce aux relais qu’ont eu les interventions de tel-le ou tel-le militant-e-s

sur les réseaux sociaux. Le #balancetonporc a vu apparaître 500 000 tweets en un mois, et 2 millions pour le #metoo par exemple. Avec le 2.0, il n’y a plus de porte-parole d’une cause, mais une multiplicité de petites voix qui s’ajoutent et se soutiennent. Ce sont réellement les likes, partages et retweets qui font l’ampleur d’un mouvement. Par exemple, la BD de la féministe Emma sur la charge mentale a été énormément partagée et aimée plus de 76 000 fois sur Facebook, ce qui lui a valu des interviews dans de grandes radios ou encore des tribunes dans Causette par exemple.


Les réseaux sociaux sont des outils qui sont une véritable force pour les militant-e-s car ils permettent

à chacun-e de s’exprimer et d’avoir une voix qui peut porter, ce qui est important notamment pour redonner la parole aux minorités comme avec #balancetonporc.



“ Si les réseaux sociaux sont un outil très puissant, il me semble indispensable de s’organiser au-delà de ces réseaux, dans des groupes et organisations IRL, sans quoi un mouvement finit vite par s’essouffler.


Ces sujets créent beaucoup de débats, entre celles et ceux qui défendent la cause et celles et ceux

qui vont s’y opposer avec virulence. Au milieu se situent une masse de gens qui de participent

pas mais peuvent prendre conscience des problèmes soulevés par les militant-e-s. Selon moi, ce sont ces personnes que l’on doit viser, toute action en ligne est utile. On peut citer par exemple les vidéos

de L214 sur les abattoirs ou encore les élevages en batterie de poules pondeuses, diffusées pour sensibiliser l’opinion publique, que l’on voit de plus en plus préoccupée par le bien-être animal au minimum, et par l’antispécisme dans le meilleur des cas.



Mais les réseaux sociaux peuvent aussi présenter des inconvénients. D’abord les réseaux sociaux

sont un moyen de partage très rapide et un tweet ou post maladroit ou oppressif est vite mis en ligne sous la colère. Par exemple, Caroline de Haas avait répondu à un tweet (aujourd’hui supprimé)

sur le harcèlement en affirmant que « même les femmes handicapées » le sont, comme si cela n’était

pas compréhensible car être « handicapée » serait l’inverse de désirable. Des militantes féministes

et handicapées lui en ont fait la remarque. Un autre soucis selon moi est le harcèlement auquel doivent faire face les militant-e-s, je pense plus particulièrement ici aux militant-e-s féministes mais aussi

LGBT ou racisé-e-s (les militant-e-s antispécistes y sont beaucoup moins exposé-e-s).




Illustration : Sandrine Lapalus




Enfin, si les réseaux sociaux sont un outil très puissant, il me semble indispensable de s’organiser

au-delà de ces réseaux, dans des groupes et organisations IRL, sans quoi un mouvement finit vite par s’essouffler. En effet, les réseaux sociaux permettent une véritable libération de la parole des opprimé-e-s et un espace nécessaire de partage de l’information.


Mais en parallèle de cela, les associations et organisations qui se mobilisent sur le terrain permettent réellement de rentrer en rapport de force avec les oppresseur-ices.


En voilà quelques exemples : des manifestations, bloquer des abattoirs dans le cadre de l’antispécisme comme l’association 269 Libération animale qui en organisent un peu partout en France, organiser

des réunions en non-mixité pour les luttes sociales humaines comme le collectif Nyansapo qui a organisé des réunions en non-mixités entre femmes racisées, interrompre des conférences comme

cela a été fait par le collectif Le CLASCHES par exemple. Ce collectif lutte contre le harcèlement à l’université et a récemment interrompu une conférence organisée par des professeur-es autour du #balancetonporc, la jugeant hypocrite.


Ce rapport de force IRL, par des actions sur le terrain est nécessaire pour mener une réelle lutte.

Si les associations et actions féministes sont aujourd’hui diverses et nombreuses, les actions antispécistes sont encore hésitantes et peu développées, peut-on espérer voir dans les années à venir une diversification et augmentation de ces actions, restant respectueuses des luttes sociales humaines ?


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Ecrit par Fragment d'Hylfee pour Conforme Magazine