La désobéissance civile c'est quoi, au juste ?

Dernière mise à jour : 7 mai 2020

Ecrit par Morgane Bourrigan


La désobéissance civile est un concept qui voit son apparition en 1574 dans un texte de La Boétie : Discours de la Servitude Volontaire, où il remet en question le contrat social. Bien qu’assez ancienne, il s’agit d’une problématique très contemporaine. Nous verrons ici ce qu’est la désobéissance civile et ses implications dans nos démocraties d’aujourd’hui.



Le professeur de Sciences Politiques Frédéric Gros nous apprend dans son essai Désobéir que cette forme de désobéissance est nécessaire sur le plan intellectuel. L’objet de la philosophie étant de déconstruire les idées reçues, l’absolu, le tenu pour acquis. Sans désobéissance, pas de philosophie.

La première étape de la désobéissance civile, nécessite une forme de déconstruction de l’absolu, ici la loi. C’est en cela que la démarche du désobéissant se rapproche de celle du philosophe : tous deux cherchent à s’éloigner de la doxa pour tendre vers un idéal plus juste. Le désobéissant n’envisage plus la loi comme étant absolue, immuable et s’imposant aux hommes, mais comme un objet empreint de valeurs subjectives que l’on peut remettre en question et discuter.


Mais désobéir en démocratie, cela a-t-il un sens ? Dans un contexte démocratique, où les lois sont faites par des représentants du peuple, en désobéissant, c’est à la sagesse du plus grand nombre que l’on s’oppose. John Rawls dit que la démocratie est un prérequis à toute désobéissance civile. L’objet de la désobéissance civile étant de faire changer une loi injuste, elle a besoin d’un système démocratique, qui se réclame de la justice, pour pouvoir exister. Dans un autre contexte, on parlera alors de contestions révolutionnaires.


En France, le premier cas de désobéissance civile date de 1960, alors que 121 personnalités signaient une lettre pour exprimer leur soutien aux hommes refusant de s’engager dans la guerre d’Algérie.


Outre Atlantique, on connait mieux l’histoire de Thoreau qui refusa de payer ses impôts pour lutter contre l’esclavage. Son geste, par son caractère individuel ne rentre pas nécessairement dans les critères de la désobéissance civile néanmoins, c’est son essai publié en 1849, expliquant sa démarche, qui a popularisé l’expression de désobéissance civile.


Photographie : Florie Berger



Pour désobéir civilement, il est donc nécessaire de remettre en question une loi pour son caractère injuste et de s’associer à d’autre citoyens pour mener conjointement une action illégale, collective et constructive, l’objet ici étant de proposer des alternatives plus justes au système mis en place.


Des ZAD aux blocus universitaires, notre actualité fait écho à la notion de désobéissance.

Le mouvement des blacks blocs est à ce titre très représentatif de cette désobéissance politisée.

On y retrouve des individus que l’injustice a fédérée en un mouvement qui remet en question la violence de l’état comme seule violence légitime. Il s’agit ici d’adopter un comportement hors la loi pour se faire entendre et manifester son mécontentement autrement qu’en manifestant pacifiquement.

Ce mouvement se voit toutefois reprocher son manque de vision pour l’avenir. S’ils déconstruisent ce qu’ils considèrent comme injuste, ils ne proposent pas nécessairement de projet en réponse à leur mécontentement. Ils ont des difficultés à faire coexister la lutte avec la construction.


On y retrouve des individus que l’injustice a fédérée en un mouvement qui remet en question la violence de l’état comme seule violence légitime. "

Photographie : Florie Berger



Le mouvement vegan s’illustre récemment par ses actes de désobéissance civile.

L’association 269 Life se revendique de la désobéissance et cite Hannah Arendt comme figure de référence à leurs actions. Ils remettent ainsi en question la pacification de la société qu’ils qualifient de spéciste. La non-violence est ici pensé par les spécistes comme un moyen de s’élever de leur condition animale. Ils rappellent ainsi que l’humain est de nature violente et que la non-violence ne va pas de soi, mais que c’est un système mis en place pour assoir le pouvoir de l’Etat, seul à pouvoir y recourir de manière légitime.


C’est bien cette violence institutionnalisée qu’ils remettent en question puisque la violence faite aux animaux rentre dans le cadre de la loi, et n’est pas perçue comme tel dans un système spéciste.


Les militants sortent donc du cadre de la loi pour dénoncer un acte qu’ils qualifient de meurtre, dans une logique antispéciste. En s’infiltrant dans des abattoirs pour en stopper toute activité, ces activistes se mettent hors la loi alors qu’ils sauvent des vies au détriment d’une industrie assassine.


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Ecrit par Morgane Bourrigan pour Conforme Magazine